Sur les pas de Willy Ronis

L’oeuvre de Willy Ronis ne peut se résumer au célèbre cliché du « petit garçon à la baguette de pain ». Chantre de la photographie humaniste, il est né en 1910 et mort 99 ans plus tard à l’hôpital Tenon, établissement séculaire situé dans ma rue. Armé d’un Rolleiflex, puis d’un petit format 24×36, il s’est consacré dès 1936 au reportage, « tombant dedans par accident » et est devenu « le » chroniqueur des luttes populaires. Willy Ronis a également arpenté les rues de Paris pendant plus de 60 ans, nous offrant ainsi un témoignage unique en noir et blanc. Une époque où l’on pouvait encore saluer de près le génie de la place de la Bastille et faire du vélo à l’emplacement des anciennes fortifications de la porte des Lilas.

Belleville Ménilmontant_mg_2336
Edité pour la première fois en 1950, l’ouvrage Belleville Ménilmontant a immortalisé ce quartier où j’habite et inspiré mes premiers pas de photographe de rue. Willy Ronis a connu le quartier peu après la Libération en 1947, grâce à un ami peintre. Le photographe sautait sur sa moto «  pour poursuivre entre l’avenue Gambetta et le métro Danube, la station Pyrénées et les anciennes fortifs une quête buissonnière de photographe enchanté ». A l’orée des années 1950, il a immortalisé le travail des petits artisans, l’atmosphère des cafés, s’est fait l’écho du ronronnement des fabriques de maroquinerie et de petite mécanique.

Saisir l’instant
C’est à pied – et non à moto ! – que j’ai mis mes pas dans ceux de Willy Ronis, arpentant ces rues-escaliers qu’il affectionnait tant, découvrant l’ancien emplacement de la gare de Ménilmontant – aujourd’hui signalée par une simple passerelle enjambant la Petite Ceinture –_MG_2252, au détour d’une halte au cimetière de Belleville, toujours dominé par deux énormes châteaux d’eau. L’appareil-photo en bandoulière, j’ai tenté d’imaginer le tracé de rues qui n’existent plus – détruites notamment pour céder la place au parc de Belleville. Dans mes pérégrinations, j’ai essayé de saisir les instants qui passent à la sortie des classes, la solitude des regards rue des Cascades, les moments de camaraderie partagés par ces vieux messieurs du boulodrome de Télégraphe. Bref, mettre mes pas dans ceux de cet immense photographe qui disait : « Je n’ai jamais poursuivi l’insolite, le jamais vu, l’extraordinaire, mais bien ce qu’il y a de moins typique de notre existence quotidienne ».

 

Post-prod de la série Ainsi soient-ils

Si le séminaire des Capucins ne vous évoque rien, c’est que vous êtes passé à côté d’Ainsi soient-ils, série TV qui cartonne sur Arte depuis 2012. Malgré un pitch pas très sexy – le parcours de 4 jeunes séminaristes – Ainsi soient-ils est, avec Les Revenants, l’un des meilleurs crus français. Avant la diffusion de la 3e saison à l’automne prochain, j’ai pu assister à l’une des dernières étapes de la post-production, le mixage. Bienvenue dans les coulisses d’Ainsi soient-ils !

C’est dans un studio de mixage fermant comme une chambre froide que je retrouve Rodolphe Tissot, réalisateur de la série, et Alex et Jean, les monteurs son, qui en ce jour caniculaire travaillent sur le 5e épisode, avec à leur disposition pas moins de 360 pistes différentes ! Assis derrière une gigantesque console de mixage dominée par un écran digne de mon cinéma de quartier, ils fignolent les derniers détails : cris d’oiseaux trop insistants, respirations envahissantes, réverb de l’église à revounnamed-2ir, etc. A leur droite, une TV de salon sert à checker le résultat final – « enlèves-moi un peu de corbeau stp ». A l’écran apparaît en gros plan l’un des séminaristes stars de la série, José del Sarte et… Noémie Lvovsky, l’un des nombreux guests de la saison. J’ai l’impression d’être un enfant à la veille de Noël. Jeu sur le volume des voix, les bruitages, la musique… j’apprends que tout est une question d’équilibre et d’harmonie ! Car si les bruits – même ceux de la circulation ! – et les effets contribuent à créer une atmosphère, ils ne doivent pas parasiter le jeu des acteurs – dire que pour ma prestation j’ai eu l’impression de parler beaucoup trop fort (de hurler en fait). Au bout de 3 heures de travail, 17 minutes de l’épisode (sur 52 min) ont été validées, et je me sens plus crevée que l’équipe technique. Hâte de voir le résultat, même sur ma TV de salon !

Mini interview de Rodolphe Tissot, réalisateur des 3 saisons.

Tiphaine Cariou Pourriez-vous décrire cette étape en quelques mots ?
Rodolphe Tissot Le mixage consiste à traiter et à mixer ensemble tous les sons qui ont été accumulés au tournage et pendant la post-production, c’est à dire les voix, la musique, les ambiances, les bruitages, les post-synchronisations…

T. C. Quelle est l’importance du mixage dans la post-prod ?
R. T. C’est la toute dernière étape du son. On y finalise définitivement la bande-son, et on y fait les derniers choix artistiques, sur l’esthétique générale du film, ou parfois plus précisément sur une phrase de dialogue ou sur une musique.

T. C. Pourquoi est-elle menée sous l’autorité du réalisateur ?
R. T. Parce que justement, même si la part technique du mixage est très importante, il y a une dimension artistique dans les choix à faire. Ces choix sont assumés généralement par le réalisateur et/ou le IMG_8398directeur artistique du film ou de la série.

T. C. Quelles sont les spécificités du travail de mixage pour un épisode d’Ainsi soient-ils ?
R. T. Le travail sur les voix, car Ainsi soient-ils est avant tout une série de dialogues et de personnages. La richesse des musiques, qu’il faut savoir doser sur chaque épisode. Et la finesse des ambiances, à mi-chemin entre l’épure et le réalisme.

                                                                                                                                                 Crédit Karinne Lecoq

Virée arty à Chamarande

Foyer originel du mouvement scout en France – entre autres ! –, le domaine de Chamarande, 35 km au sud de Paris, est un vaste parc – le plus grand d’Essonne – émaillé d’un château romantique à souhait. Le temps d’un dimanche, il permet de réconcilier les amateurs d’art contemporain et les familles nombreuses avides de plaisirs champêtres. LWP_20150802_11_43_42_Proieu d’expérimentation artistique, le domaine organise des expos au rez-de-chaussée du château, des siestes électroniques, des ateliers pour les enfants, des projections de films en plein air. Foodtruck et glaces artisanales font le bonheur des hipsters en mal de verdure, les habitants du coin préférant les tables de pique-nique qu’ils investissent à grand renfort de nappes à carreaux et saucisson corse. Dans tout le parc, des installations mettent l’imagination à l’épreuve – les baignoires extérieures remportant le plus de succès – et ponctuent cette promenade bucolique de commentaires plus ou moins éclairés. Une balade en barque (très plébiscitée) sur le canal des amoureux achève de conquérir notre petit cœur tout mou de citadin. Last but not least, toutes les activités sont gratuites, et pour une fois, pas besoin d’être véhiculé.

WP_20150802_13_56_18_ProDomaine départemental
de Chamarande

RER C, gare de Chamarande, à 200 m
du domaine
Ouv. tlj. à partir de 9h
www.chamarande.essonne.fr

Escapade à Milly-la-Forêt

A Milly-la-Forêt, village coquet situé à 50 km de Paris, tout rappelle le souvenir de Jean Cocteau (1889-1963). Dans le petit centre-ville, même le PMU local tente de rendre hommage au film Orphée. A l’entrée du bourg, la maison où le poète a vécu une quinzaine d’années – jusqu’à sa mort – est ouverte au public depuis 5 ans. Achetée en 1947, la « maison du bailli » est une ancienne dépendance du château de la Bonde attenant, dont les douves traversent le ravissant jardin planté de pommiers. Outre la collection de dessins et de photos du dernier étage, les pièces les plus intéressantes sont le salon du rez-de-chaussée, la chambre et le bureau du premier étage, qui évoque celui d’André Breton. Près du lit à baldaquin, les pipes à opium sont alignées sagement.

Ouverte mars-octobre du mer. au dim. de 14h à 19h.
Billet combiné avec la chapelle.

Non loin du centre se dresse la chapelle en grès Saint-Blaise-des-Simples (12e siècle), dernier témoin de l’existence d’une maladred6tag_120715-152406ie. Dans le petit jardin attenant sont cultivées des plantes médicinales appelées les simples, utilisées pour soulager les souffrances des lépreux. C’est aussi la dernière demeure de Jean Cocteau, qui en 1959, a décoré l’intérieur de la chapelle et dessiné les vitraux. Les murs de la chapelle sont ainsi devenus une sorte d’herbier plein de poésie où voisinent menthe poivrée et hampes fleuries. Au centre, la tombe de Cocteau a comme seul ornement l’épitaphe « Je reste avec vous ». Des visiteurs y laissent quelques roses rouges, les yeux rivés sur la dalle.

www.chapelle-saint-blaise.org

La visite de Milly serait incomplète sans une petite balade dans le bois des Pauvres. S’y dresse le célèbre Cyclop, sculpture monumentale de 22 m de haut construite entre 1969 et 1994 par Jean Tinguely et Niki de Saint-Phalle – entre autres artistes. De la bouche béante du monstre, une immense langue couverte de bouts de miroirs retombe dans un bassin d’eau. Au-de6tag_120715-163631ssus de l’entrée, vous apercevrez un gros tuyau, ancien conduit d’aération du centre Pompidou. A côté, des gisants en plâtre côtoient des compressions de César. Le cyclope se visite jusque dans ses entrailles et il est même possible d’accéder au sommet. Un univers labyrinthique aux engrenages de ferraille – des boules d’aluminium parcourent l’ensemble de cette sculpture composée de 350 tonnes d’acier.

Ouvert d’avril à mi-novembre du ven. au dim de 14h à 18h.
Visites guidées uniquement

Rencontre avec le comédien Julien Bouanich

6tag_300615-224244C’est aux Ateliers Berthier que j’ai rendez-vous avec Julien Bouanich, une poignée d’heures avant la 57e représentation de Liliom (Ferenc Molnár), dont il joue le rôle éponyme. Le hall désert contraste avec l’animation de la veille – Liliom affiche complet quasiment tous les soirs. Cette pièce hongroise qui a pour toile de fond une fête foraine est mise en scène par Jean Bellorini, nouveau directeur du Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, où elle a été jouée précédemment. Ancien élève du Conservatoire national supérieur d’art dramatique, Julien Bouanich a fait ses classes à l’école Claude-Mathieu. Depuis, les projets de théâtre, danse, cinéma, série TV se sont vite enchaînés. Une parenthèse enchantée avec un enfant de la balle qui incarnait déjà à 8 ans le Petit Prince au théâtre.

Tiphaine Cariou Depuis quand travailles-tu sur cette pièce ?
Julien Bouanich Depuis longtemps ! Mes partenaires de jeu sont d’anciens camarades de promo de l’école Claude-Mathieu ; Jean Bellorini y a également été élève et a animé des ateliers par la suite. Le spectacle est né dans cette école il y a 8 ans.

T. C. Qui est Liliom ?
J. B. C’est une sorte d’électron-libre qui n’a ni passé, ni futur. C’est quand il doit faire des choix que cela devient compliqué. Quand il ne sait plus quoi dire, il frappe.

T. C. Est-ce impressionnant de jouer le rôle principal ?
J. B. Au départ, cette pression inutile ne m’aidait pas à jouer. Les personnages qui gravitent autour de Liliom ont tous quelque chose à défendre. Pour moi, une représentation est avant tout un moment de partage avec le public. J’ai d’ailleurs de moins en moins le trac.

LILIOMTGP-098 - WEBT. C. Est-ce un personnage que tu as aimé jouer ?
J. B. En fait, c’est une question que je ne me pose pas vraiment. J’aime jouer dans ce spectacle, avec ces comédiens. Et raconter l’histoire de Liliom – même si c’est une pièce assez énigmatique qui déroute souvent les spectateurs, notamment par l’alternance de codes de jeu très réalistes et des scènes burlesques.

T. C. Ton jeu a-t-il évolué ?
J. B. Oui, j’espère ! Depuis les représentations au TGP, j’ai énormément gagné en lâcher prise et laissé de côté les questionnements superflus. Je fais beaucoup plus confiance à la pièce, au spectacle, à la mise en scène, aux autres comédiens.

T. C. Tu as interprété l’un des 5 séminaristes stars de la série Ainsi soient-ils pendant les 3 saisons. Comment as-tu été repéré ?
J. B. Le réalisateur, Rodolphe Tissot, a vu un film dans lequel j’ai tourné et qui était sorti dans deux salles et demi, La ligne blanche d’Olivier Torres, mais qui circulait pas mal chez les directeurs de casting. De mon côté, j’avais aimé La Tueuse, cela m’avait donné envie de travailler avec lui et son équipe. C’est un réalisateur très à l’écoute avec qui il est agréable de collaborer.

T. C. Comment pourrais-tu décrire ton personnage, Yann Le Megueur ?
J. B. C’est un pur produit de son milieu ! C’est un personnage que j’ai appris à aimer petit à petit : dans la saison 1 j’avais du mal à comprendre ce personnage si candide, pourtant je suis loin d’être cynique. Mais Yann évolue ensuite beaucoup, notamment dans la saison 3 que j’ai hâte de découvrir.

T. C. Quels sont tes projets ?
J. B. Cet été, je vais participer à un festival de théâtre dans le Maine-et-Loire et prendre un peu de temps. La tournée de Liliom est ponctuée de 20 dates entre septembre et décembre, puis nous irons la jouer 2 semaines au TNP de Villeurbanne au mois de mai. Avec des amis du Conservatoire, nous avons le projet d’ouvrir à l’étranger un lieu ouvert sur la création. C’est très excitant ! Même si ma carrière n’est pas suffisament longue pour avoir la sensation de me répéter, j’espère surtout faire évoluer mon jeu et progresser sans cesse. Le travail est infini, il ne connaît pas de limites.

Pablo Picasso en BD

Commencée en 2012, la série Pablo (Dargaud) a fait couler beaucoup d’encre. Hormis un litige avec la sourcilleuse famille Picasso, elle a remporté des louanges hautement justifiées. Aux manettes de cette série en 4 tomes, un duo de choc reconnu dans le métier. Julie Birmant (scénario) et Clément Oubrerie (dessin) ont mis leur talent en commun pour raconter le quotidien du jeune peintre espagnol dans le Montmartre du début du 20e siècle, entre 1900 et 1912, attiré par la fée électricité de la ville lumière.

Les 4 albums de la série (T1 Max Jacob, T2 Apollinaire, T3 Matisse et T4 Picasso) font partager les souvenirs de Fernande Olivier, la première muse du peintre, et mêle cette romance volcanique à l’invention de l’art moderne, jusqu’à la naissance du cubisme. La série se dévore avec plaisir et fourmille d’anecdotes connues ou savoureuses : la vie de bohème sur la Butte et les soirées à la fumerie d’opium, la rencontre d’Apollinaire avec Marie Laurencin, la genèse des Demoiselles d’Avignon, la fastidieuse création du portrait de Gertrude Stein ou la rivalité Matisse-Picasso. Le premier album permet de redécouvrir le grand poète breton Max Jacob qui fait la connaissance de Picasso en 1901 et devient l’amuseur public de la Butte-Montmarte avec ses séances d’astrologie et de chiromancie. Quimpérois d’origine, juif converti au catholicisme, Max Jacob est l’auteur d’une œuvre très abondante qui a influencé toute une génération, de Cocteau à Malraux. Inventeur du poème en prose, il est mort en 1944 au camp de Drancy. « Une tête de squelette voilée de crêpe me mord le doigt. De vagues réverbères jettent sur la neige la lumière de ma mort » (Le Cornet à dés ; 1917).

Sorti en novembre dernier, Pablo : le Paris de Picasso est le dernier opus de cette série, une sorte de guide de Paris dont les 5 balades évoquent les lieux qui ont marqué le peintre. C’est à Neville Rowley, professeur à l’École du Louvre, que l’on doit la création de ces promenades qui nous refont découvrir à grand renfort d’anecdotes historiques, Montmartre, bien sûr, mais aussi la rive gauche ou les grands boulevards. Des photos anciennes et des illustrations des albums précédents achèvent de planter le décor. Le premier chapitre « En descendant la Seine » (le temps de l’Exposition universelle) est particulièrement réussi. Picasso a 18 ans et découvre Paris en 1900, année de l’Exposition universelle. La balade commence Gare d’Orléans, fu6tag_300615-194010ture gare d’Orsay, inaugurée pour l’occasion – tout comme le Grand et le Petit Palais – et mène place de la Concorde, entrée officielle de l’Exposition. Juste à côté, le musée de l’Orangerie est encore une serre où poussent des orangers. Sur le Champ-de-Mars, le palais de l’Electricité et la grande roue – qui vient tout droit de Chicago –, font de l’ombre à une tour Eiffel qui laisse de marbre les parisiens blasés.

Jean Moulin, alias Romanin

Le 27 mai dernier, l’entrée au Panthéon des quatre résistants Jean Zay, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette et Germaine Tillion a fait resurgir le fantôme de Jean Moulin (1899-1943). « Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège » – le discours d’André Malraux étant considéré depuis 50 ans comme « insurpassable ». Héros de la résistance française, fondateur des Mouvements Unis de Résistance (MUR), Jean Moulin a choisi, selon les mots de Daniel Cordier, « de quitter la vie par le haut, c’est-à-dire dans le silence suicidaire ».

Si sa passion pour l’art est souvent évoquée, ses talents d’artiste – caricatures, dessins humoristiques, gravures – sont largement moins connus du grand public. Commençant à dessiner dès sa prime enfance, Jean Moulin publie des dessins à l’âge de 16 ans dans des revues satiriques parisiennes. Il expose en 1922 au Salon de la société savoisienne des beaux-arts sous le pseudonyme de Romanin – 20 ans plus tard la galerie niçoise qui lui servira de couverture pend6tag_290615-204010ant la guerre portera ce même nom. Sous-préfet à Châteaulin – c’est alors le plus jeune sous-préfet de France – il se passionne pour la poésie de Tristan Corbière (1845-1875) et décide d’illustrer les poèmes d’Armor, l’un des recueils faisant partie des Amours jaunes. Sur la 7e planche consacrée au poème intitulé Cris d’aveugle, Jean Moulin dessine dans un style expressionniste un cadavre cloué sur une croix. La dernière planche illustre La Pastorale de Conlie, poème qui a pour sujet un épisode tragique de la guerre franco-prussienne de 1870. Dans une fosse commune s’en6tag_290615-203918tassent des corps décharnés d’hommes et de femmes. En découvrant cette gravure, on ne peut s’empêcher de se demander si Jean Moulin n’a pas eu une vision prémonitoire des camps de la mort. Après la guerre, Jean Moulin aurait aimé être ministre des Beaux-Arts ou peintre, selon les dires de Daniel Cordier. Mais le destin en a voulu autrement.

Dans les coulisses des guides de voyages

Cartoville, les petits guides malins/urbains qui se déplient, font fureur depuis l’ère airbnb-Ryanair ! Le n°2 de Carto, c’est Vincent Grandferry. 6tag_290515-145354On s’est rencontrés rue Sébastien-Bottin à 23 ans, lui commençait comme auteur et moi je finissais mon stage aux guides. Aujourd’hui éditeur, Vincent a écrit pour la collection les titres de Munich, Bruxelles, Ibiza, Saint-Pétersbourg, Varsovie, Bangkok, Tokyo, Dubrovnik, Paris et Prague. Rien que ça ! Retour sur le parcours de l’éditeur le plus baroudeur de Gallimard Loisirs.

Tiphaine Cariou  Avant Cartoville, tu as été accompagnateur pour des agences de voyages pendant pas mal d’années. C’était pour qui ?
Vincent Grandferry  Surtout pour Nouvelles Frontières et Adeo. J’étais spécialisé dans les circuits dits «Expéditions». Il fallait donc être un peu débrouillard ! Cela m’a donné l’occasion de voyager au Vietnam, au Cambodge, en Birmanie, en Inde et en Indonésie. Et deux fois en Australie !

T. C.  Quel est le souvenir que tu retiens de tous ces voyages ?
V. G  Une très grosse galère ! En Inde, je m’occupais d’un groupe d’une quinzaine de personnes et gérait bien sûr tout le côté logistique, notamment le transport en rickshaw entre les gares et les hôtels. Un jour, un conducteur a décidé d’emmener deux de mes clients dans un hôtel pour qui il travaillait – le fameux backchich. Mais une fois là-bas, on les a enfermé dans une chambre ! Je suis parti en moto avec le patron de mon hôtel, on a sillonné toute la ville. Et on a fini par les retrouver.

T. C. Tu as commencé chez Cartoville en tant qu’auteur. Peux-tu nous décrire une journée type ?
V. G.  C’est une très grosse journée ! Quand tu es en repérage, tu travailles pratiquement 24h/24, et cela pendant quatre semaines environ. En moyenne, je testais 10 et 15 adresses par jour, musées, restaurants et… boîtes de nuit ! Quand tu es auteur carto, tu es également photographe ; le téléchargement et le classement des photos prend pas mal de temps. Le point positif, c’est que tu deviens incollable sur la ville où tu séjournes. A Tokyo, j’ai eu la chance de tester pléthore de restaurants et du coup de découvrir des spécialités dingues comme le fugu, le poisson dont le poison peut provoquer une mort quasi immédiate !

T. C. Tu es éditeur chez Cartoville depuis 6 ans. Quels sont les atouts de cette collection ?
V. G. Ce sont des guides typés courts séjours qui contiennent une carte dépliable par quartier, plus une sélection de sites à visiter et d’adresses. Nous sommes les seuls sur le marché ! Les titres qui se vendent le plus, ce sont ceux dédiés aux grandes villes européennes : Londres, Berlin, Rome, Barcelone, plus New York, qui est tiré à 30 000 exemplaires. Depuis que les billets d’avion ont baissé, les gens partent plus souvent en week-end. Et ils aiment le côté pratique de ce guide.

T. C. Quels sont vos titres en cours ?
V. G. Nous sommes en train de créer des Carto « famille » contenant des adresses spécifiques. Et en janvier 2016, les Cartoville Vancouver, Glasgow et Zagreb viendront grossir le catalogue.

Aquaciné à la piscine Pontoise

Classée monument historique, la piscine du quartier latin est un petit bijou imaginé par l’architecte Lucien Pollet, à qui l’on doit la chicissime Molitor. Sa grande verrière et ses petites cabines individuelles ont d’ailleurs servi de cadre à plusieurs scènes du Bleu de Kieslowski, où l’on voit Juliette Binoche enchaîner les longueurs dans une belle lumière tamisée. Un peu de poésie que l’on retrouve en soirée, lorsque des notes de musique classique envahissent le bassin.

OLYMPUS DIGITAL CAMERAAppareils de musculation, cours de zumba, check. Sessions d’aqua-gym, limite ringard. La piscine Pontoise se transforme désormais en salle de cinéma ! Après Gravity en début d’année, c’était au tour de La Vie Aquatique (Wes Anderson) d’être projetée hier soir pour le plus grand pOLYMPUS DIGITAL CAMERAlaisir de 200 participants qui avaient, pour l’occasion, enfilé leurs plus beaux maillots. On est venu entre amis mais surtout en amoureux, revival des émois des années collège. Un grand écran domine le bassin où s’éparpillent des centaines de gros fauteuils-flottant. C’est un peu la foire d’empoigne et les retardataires s’accommodent de frites dans une ambiance potache. C’est l’heure de prendre la température, un bon 33° pour l’occasion. Pendant le film, deux plongeurs sillonnent les tréfonds du bassin et quelques frileux regagnent leur cabine dans l’obscurité. Malgré une VOSTFR longue à la détente, pari réussi pour cet aquaciné organisé conjointement par « Paris fait son cinéma ».

 

Piscine Pontoise
19 rue de Pontoise, Paris 5
equipement.paris.fr/piscine-pontoise-2918

Pavillon de l’Ermitage, l’unique folie de Paris

A deux pas de la médiathèque Marguerite-Duras, le jardin de l’Hospice-Debrousse occupe une partie de l’ancien parc du château de Bagnolet (17e siècle), construit pour la duchesse d’Orléans, fille naturelle de Louis XIV. Le pavillon de l’Ermitage, unique folie de style Régence à Paris, est le dernier vestige du domaine. Sa façade sur rue est protégée par une magnifique grille surmontée des

initiales d’un co6tag_210315-145215nfiseur argenté expert en communication. S’il existait encore aujourd’hui, le château cohabiterait avec le Novotel de Bagnolet ! Entre le château et le pavillon s’étendait un immense parc de de 56 hectares. Considéré comme l’un des plus beaux de la région parisienne, il était agrémenté de trois folies, dont il ne subsiste que celle-ci.

 

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Lieu d’agrément composé de petits salons, le pavillon était prisé aux beaux jours. Y prendre le thé était l’une des activités principales. A l’intérieur, de belles fresques murales représentent des scènes champêtres et des ermites en méditation, qui ont donné leur nom au pavillon. Dans le salon situé à l’arrière sont présentées des expositions temporaires dédiées à l’Est parisien. Vendu en 1887 à l’Assistance Publique, le pavillon servait de salle de réunion. L’étage avait même été aménagé en appartement de fonction ! Mais depuis quelques années, il est enfin ouvert au public.

Pavillon de l’Ermitage
148 rue de Bagnolet, Paris 20
Tél. 01 40 24 15 95
Ouvert du jeudi au dimanche de 14h à 17h30 (de mars à mi-juillet)
Randonnées apéritives ponctuelles